Prendre rdv sur Liberlo

Vivre le moment présent, ce n’est pas tout lâcher pour aller élever des chèvres dans le Larzac intérieur de votre psyché, c’est juste arrêter de vivre en stage intensif de « gestion du futur hypothétique ». Autrement dit : rester vivant aujourd’hui, en préparant demain, mais sans déménager votre cerveau en 2034.

On a un malentendu collectif sur le « moment présent ». Beaucoup l’imaginent comme une sorte de retraite silencieuse, avec encens, mantra, et obligation de sourire à 32 dents. En réalité :

  • Le moment présent, c’est vous, là, tout de suite, avec vos articulations qui grincent, vos idées qui fusent et votre fatigue qui négocie en coulisses.
  • Ce n’est pas forcément agréable, lumineux, instagrammable, ni même photogénique.
  • C’est simplement le seul endroit où vous pouvez agir un tout petit peu sur votre vie.

Le passé ne répond plus au téléphone, le futur n’a pas encore de numéro. En revanche, votre corps, lui, décroche immédiatement : un pas, une respiration, un sourire, un « non » posé calmement, c’est toujours aujourd’hui que ça se passe.

Préparer demain sans l’habiter

Se Préparer, oui. Se projeter en boucle, non. Le futur, c’est comme un four : utile pour cuire un gratin, dangereux si vous décidez d’y vivre.

Préparer, c’est :

  • Faire un peu de mouvement aujourd’hui pour que le corps de demain ait au moins une chance de suivre.
  • Manger correctement ce soir pour que le vous de demain matin n’ait pas envie de déposer plainte.
  • Dire « je t’aime », « j’ai peur », ou « j’ai besoin d’aide » maintenant, tant que les gens sont encore là pour l’entendre.

Projeter, c’est :

  • Rejouer dix mille scénarios où « ça se passe mal ».
  • S’entraîner à souffrir par avance, au cas où on aurait loupé une occasion plus tard.
  • Confondre imagination et météo officielle.

Votre cerveau adore ça, il est câblé pour : anticipation, vigilance, scénario catastrophe, tout un service premium intégré. Le problème, c’est qu’il facture tout en fatigue.

Alors on va trouver un compromis : vous conservez le droit de vous inquiéter (c’est humain, pas une erreur du système), mais vous signez un contrat tacite avec vous-même : « Pour chaque angoisse tournée vers demain, un petit geste concret aujourd’hui. »

Velcro, maître zen en pull de fourrure

Parlons du vrai expert du foyer : le chat. Votre cerveau à lu des livres compliqués, lui a intégré l’essentiel : « jeu, repas, dodo », avec quelques variantes : « observation silencieuse de l’humanité », « sieste stratégique », « sprint cosmologique à 3 h du matin ».

Regardez-le :

  • Velcro ne tient pas un planning à cinq ans.
  • Il ne dresse pas la liste de ses regrets.
  • Il ne se demande pas s’il a bien « réalisé son plein potentiel de chat ».

Il fait ce qu’il a à faire dans le moment : guetter, jouer, manger, dormir, réévaluer la situation depuis le haut d’un meuble. Et surtout : il est toujours prêt. Non pas prêt pour tous les possibles, mais prêt à répondre à ce qui arrive.

Vous n’êtes pas un chat (désolé), mais vous pouvez vous inspirer :

  • Une chose à la fois, le plus souvent possible.
  • Quand vous mangez, vous mangez. Quand vous marchez, vous marchez. Quand vous râlez, vous râlez vraiment, mais pas en faisant quinze autres choses en même temps.
  • Et si vous ne pouvez pas faire simple, vous pouvez au moins faire plus carême.

Le chat n’est pas moins intelligent que vous, il est moins encombré.

Le corps comme baromètre, pas comme ennemi

Quand le corps commence à grincer – troubles de la marche, de la parole, de l’énergie – la tentation est grande de passer en mode « comité scientifique permanent du pire scénario ». Le mental se précipite alors sur le Google intérieur : « Et si ça empire ? Et si je perds ceci ? Et si je ne peux plus cela ? ».

On ne va pas nier la réalité. Le corps change, parfois brutalement, parfois injustement. Mais :

  • Le corps reste un allié de terrain, parfois maladroit, souvent fatigué, jamais complètement contre vous.
  • Il parle une langue simple : douleurs, tensions, essoufflements, blocages.
  • Sa question est toujours la même : « Tu peux m’aider un peu, là, maintenant ? ».

Vivre le moment présent avec un corps vulnérable, ce n’est pas faire semblant que tout va bien. C’est accepter des toutes petites réponses :

  • Une marche plus courte, mais faite en conscience.
  • Un exercice minime, mais régulier, plutôt qu’une performance imaginée et jamais réalisée.
  • Un temps de repos assumé, sans culpabilité, comme Velcro qui ne s’excuse jamais d’aller dormir juste après avoir… respiré.

Le corps aime les gestes répétitifs, pas les grands discours.

L’humour comme art martial doux

En thérapie, l’humour n’est pas un gadget, c’est un art martial doux : il désarme sans bénir. Un sourire avec soi-partagé, c’est déjà un pas de côté par rapport à la tragédie intérieure.

Quelques usages thérapeutiques de l’humour :

  • Il perce le ballon de l’angoisse qui se prenait pour une planète.
  • Il rappelle que vous êtes plus vaste que votre problème : si vous pouvez en rire un peu, vous n’êtes pas complètement noyé dedans.
  • Il crée une complicité entre vous et… vous : « Bon, on en est là, c’est un peu chaotique, mais on continue. »

L’humour bienveillant, ce n’est pas se moquer de soi, c’est se prendre un peu moins au sérieux. Non pas parce que la situation est légère, mais parce que vous refusez de la regarder uniquement avec des lunettes de tragédie antique.

On peut être sérieux dans ses soins, sans se prendre au tragique dans sa narration.

Vivre aujourd’hui, mode d’emploi minimaliste

Pas besoin de révolution. Quelques axes suffisent, à répéter, pas à réussir parfaitement :

  • Micro-présence
    Une fois de temps en temps dans la journée, vous vous demandez : « Là, tout de suite, qu’est-ce que je sens ? Qu’est-ce que j’entends ? Qu’est-ce que je fais ? ». Rien à changer, juste constater.
  • Petits gestes préparatoires
    Au lieu de planifier « se remettre en forme », vous choisissez un geste minuscule mais répétable : trois mouvements, une marche de cinq minutes, un étirement en regardant Velcro s’étaler.
  • Nourriture comme rendez-vous
    Un repas, ce n’est pas seulement du carburant, c’est un tête-à-tête avec votre futur proche. Vous n’avez pas besoin que ce soit parfait, juste un peu respectueux : « Tiens, je vais essayer de ne pas saboter volontairement mon demain matin. »
  • Ressourcement non négociable
    Vous avez le droit, et même l’intérêt, à avoir vos rituels de ressourcement : lire, écrire, méditer, ne rien faire, regarder votre chat philosophe en silence. Ce ne sont pas des « bonus si j’ai le temps », ce sont les conditions pour rester à peu près habitable pour vous-même.
  • Ne pas dramatiser, ne pas minimiser.
    Votre situation mérite respect, pas théâtre. On reconnaît la difficulté, on laisse une place au doute, à la fatigue, à la peur. Mais on refuse de tout mettre en scène comme une fin du monde personnel.

Vivre le moment présent, dans ce contexte, ce n’est pas une performance spirituelle. C’est un style de vie modeste : avancer avec ce corps-là, cette fatigue-là, ces limites-là… et, malgré tout, rester suffisamment disponible pour un rayon de lumière, un bon repas, un texte, un rire, un regard de chat qui dit : « On continue ? ».

Vous n’avez pas à « réussir votre vie ». Vous avez juste, autant que possible, à en habiter chaque journée un peu plus franchement, avec la même tranquille obstination que Velcro qui revient tous les matins réclamer sa dose de vie simple : jeu, repas, dodo, et toujours — aussi étonnant que cela paraisse — prêt pour la suite. Même si la suite, c’est juste une sieste de plus.